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De la richesse et de la pauvreté entre
Europe et Méditerranée

 

Rencontre avec Ada Giusti   |   Le film  "Tornando a casa" de V. Mara

Dans le cadre du partenariat qui lie les Rencontres d’Averroès et le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, l’exposition Germaine Tillion, conçue en 2004 par le Centre d’Histoire de la Résistance et de la déportation, sera ouverte exceptionnellement, en avant-première, du 11 au 13 novembre.
 

Germaine Tillon    D.R.
 Figure tutélaire de l’ethnologie française, Germaine Tillion n’a que 27 ans, en 1934, lorsqu’elle effectue sa première mission : six ans dans les Aurès à analyser l'organisation sociale des Chaouïas avec lesquels elle vit étroitement. De retour en France en 1940, elle devient une Résistante de la première  heure au sein du fameux réseau du Musée de l’Homme. Trahie par un proche, elle est arrêtée et déportée à Ravensbrück où, de l’automne 1943 au printemps 1945, elle trouve encore la force morale  d’étudier le fonctionnement du camp et d’entamer des travaux sur les systèmes concentrationnaires. Si j'ai survécu, écrira-telle plus tard, je le dois d'abord et à coup sûr au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et enfin, à une coalition de l'amitié.  
  Germaine Tillion renoue avec l'Algérie en 1954, alors que souffle « le vent de la Toussaint ». Tout en continuant son travail d’ethnologue – elle étudie notamment l’endogamie des sociétés méditerranéennes – elle crée des centres sociaux pour rendre l'éducation accessible à tous, particulièrement aux femmes. Elle est une des premières à alerter l’opinion sur la torture en Algérie.
 
  Infatigable, elle milite ensuite de longues années pour l’égalité des droits des femmes. Elle obtient aussi que les prisonniers aient le droit de préparer des examens. A 93 ans, on la trouvait encore aux côtés des Sans Papiers ! Installée dans la Tour du Roy René au Fort Saint Jean, l’exposition permet de découvrir l'œuvre et la pensée de cette grande figure du XXe siècle, modèle de droiture pour le XXIe siècle balbutiant.

  

 ADA GIUSTI

© 2005 Librairie Gaïa
Ada Giusti présentée par Claude de Peretti

      Ada Giusti n'a pas écrit ce livre véritablement par hasard. Elle est elle-même issue de l'immigration. Toute jeune, elle quitte avec sa famille son Italie natale pour la France. Elle y restera plusieurs années avant de partir à nouveau pour les États Unis. Elle revient à Paris où elle retrouve l'hôtel qui l'avait accueillie (?) la première fois. Rien pendant ces nombreuses années n'avait changé ; le nombre de nationalités était toujours aussi important, seule évolution, il n'y avait plus de français acceptant de vivre dans ces conditions aussi précaires. C'est ceci qui a interpellé Ada Giusti.

 Aujourd’hui docteur en langue et littérature françaises à l’Université du Montana, elle a voulu, en écho à sa propre expérience, comprendre ce que signifiait l’immigration aujourd’hui. Dans un essai publié aux éditions Le Pommier et intitulé, fort significativement , Mais pourquoi ne retournent-ils pas chez eux ?, elle a interrogé une vingtaine de personnes, immigrés et Français, puis retranscrit fidèlement leurs témoignages. En provenance de douze pays différents, les immigrés racontent pourquoi ils ont choisi le chemin de l’exil, comment ils ont fui, comment ils ont été reçus, et comment ils envisagent leur avenir. Les Français, quant à eux, expriment de la sympathie, de l’inquiétude ou un rejet parfois violent. Le livre ne porte pas de jugement, mais, en permettant de mieux comprendre la diversité des situations, ouvre des pistes de réflexion. Ada Giusti viendra spécialement des États-Unis à l’occasion des Rencontres et sera à La Garde, Avignon et Aix pour débattre avec le public.

 

"Mais pourquoi ne retournent-ils pas chez eux ?"   Le Pommier

Qu'est-ce qui pousse tant d'hommes, de femmes et d'enfants à émigrer en France? Qu'attendent-ils de ce pays ? d'accueil ? Ont-ils l'intention de s'y intégrer ? La possibilité ? Comment les Français réagissent-ils face à cette immigration ? Italienne, Ada Giusti a passé son enfance en France puis aux États-Unis. En écho à sa propre expérience, elle a voulu comprendre ce que signifiait l'immigration ici, aujourd'hui. Dans ce recueil, une vingtaine de personnes, immigrés et Français, répondent à ses questions, avec toute la sincérité que permet l'anonymat. Ce livre retranscrit fidèlement leurs témoignages. Des immigrés en provenance de douze pays racontent ainsi pourquoi ils ont choisi le chemin de l'exil, comment ils ont fui, comment ils ont été reçus et comment ils envisagent leur avenir.
Les Français, quant à eux, expriment de la sympathie, de l'inquiétude ou un rejet parfois violent. Ce livre ne porte pas de jugement. En donnant la parole à des personnes, il permet de mieux comprendre la diversité des situations et des points de vue, et ouvre des pistes de réflexion.

 

 

TORNANDO A CASA  Le film
Italie, 2001
De Vincenzo Marra
Scénario : Vincenzo Marra
Avec Aniello Scotto D'Antuono, Salvatore Laccarino, Giovanni Laccarino, Abdel Aziz
Photo : Ramiro Civita
Musique : Andrea Guerra
Durée : 1h28
Sortie : 28 Janvier 2004

Franco est un jeune pêcheur napolitain désabusé dont le patron viole régulièrement les eaux territoriales de l’Afrique du Nord. Son seul phare est sa petite amie Rosa avec qui il rêve de s’exiler en Amérique. Alors qu’il rentre à Naples après avoir échappé de justesse à la police côtière africaine, Franco apprend que Rosa vient de mourir accidentellement.

 

Méditerranée. Minuscule mer séparant deux continents, deux mondes qui se testent, se regardent, s’envient, se rejettent. Avec calme et simplicité, Tornando a casa plonge doucement dans la vie de ces hommes qui, de part et d’autre de cette étendue, usent leur temps à essayer de franchir une mince limite qui leur coule inexorablement entre les doigts. Des marins coupés de toute amarre, meurtris par de dures journées de labeur, abîmés par le sel et l’angoisse constante de finir en prison, ne risquant leur vie sur l’eau que pour mieux survivre sur la terre ferme. Des immigrés proches parents de Sisyphe, condamnés à refaire constamment le même chemin vers les côtes siciliennes dans l’espoir de venir un jour à bout de leur lourd fardeau de misère qui ne cesse de suivre la direction du courant les ramenant vers la Tunisie. 
Pour incarner ces déracinés de toutes nationalités, Vincenzo Marra a choisi de faire appel à des non professionnels. Ne leur indiquant que les quelques axes d’intrigue nécessaires à leurs personnages, il a préféré mettre en avant la succession d’évènements et non la globalité d’une banale histoire. Si l’ensemble général est somme toute assez cohérent, emballé dans une bande originale d’une grande qualité, le film souffre d’une certaine monotonie au niveau du rythme, de la photographie et du jeu des acteurs.
Un premier film très simple, en demi teinte, sans éclat ni fadeur, à la fois planant et régit par une grande tension, qui se place comme un coup d’essai, posant les jalons d’une matière filmique encore naissante.

 

 

© filmdeculte.com