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Copyright 2000-2008
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 30/04/2008
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Lectures et Musique avec
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Sandrine Willems
est venue faire une lecture de son dernier livre
à la Librairie Gaïa
Jeudi 24 avril 2008
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Entrée libre et gratuite sous réserve de la
place disponible |
A l'occasion de la parution de son roman "A l'espère" aux Impressions
Nouvelles, Sandrine Willems interprètera une lecture d'extraits de son livre en
dialogue avec une cantatrice.
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"A l'espère" Impressions Nouvelles |
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Dans une âpre garrigue du fond des âges, une
passion se noue entre une sauvage un peu sorcière qui soigne jusqu'aux arbres, et
un désespéré qui tue des bêtes comme pour se soulager de lui-même. Ne sachant
se trouver ils se traquent l'un l'autre, se déchirent, se détruisent. Nul ne peut
les retenir d'aller au bout de ce destin qu'ils semblent avoir choisi, et le
chasseur finit par tirer sur celle qui se fit sa proie. Mais là où tombent les
morts repoussent les plantes, et l'ordre de la nature reprend le pas sur le chaos
des hommes.
Par cette histoire simple et implacable, comme par sa langue
ample et grave, Sandrine Willems renoue ici avec la tragédie. |
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Née à Bruxelles en 1968, Sandrine Willems vit aujourd'hui à
Nice. Ayant commencé très jeune un parcours de comédienne, elle entreprend ensuite des
études de philosophie, qui s'achèvent par une thèse de doctorat sur Georges Bataille.
Elle réalise, pour le cinéma et la télévision, plusieurs courts et moyens métrages,
ainsi que des documentaires musicaux (notamment Philippe Herrenweghe, et le
verbe s'est fait chant, édité en DVD par Harmonia Mundi).
Vient d'être publié au format MP3 (CD-Audio) le livre de Milena Agus :
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"Mal de pierre" AudioLib |
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Après un parcours de comédienne puis de cinéaste, Sandrine Willems
est aujourd'hui écrivain. Ses lectures comme son écriture rendent "la
voix" singulière des personnages, leurs pensées et leurs émotions, par une
interprétation où la musicalité est essentielle. |
Dans "Mal de pierres", au
centre, l'héroïne, jeune sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux
immenses".
Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre
vie... À l'arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une touche d'une
extraordinaire finesse : le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre,
sensuel taciturne; le Rescapé, à l'empreinte indélébile; enfin, la petite-fille,
narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l'héroïne de se révéler
dans sa vérité.
Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il... |
Autres ouvrages de Sandrine Willems
| "Chardin et le
lièvre" Impressions Nouvelles |
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" Devant ce petit corps presqu'encore
chaud, et frémissant, j'eus l'impression d'avoir tué, une seconde fois, le lapin
de mes six ans.
Il fallait maintenant tenter de me racheter. Le reste de ma vie, je le consacrerais
à peindre des lapins. Des lapins morts, Monsieur le métaphysicien, à qui votre métaphysique
retire jusqu'à l'âme, pour ne leur laisser qu'une charogne. Or les peintres
animaliers veulent bien représenter des lièvres, mais s'ils gambadent, s'ils
remplissent les coins de verdure dont on ne sait que faire, et répandent à la Cour
un parfum de nature.
Mais les autres, les morts, qu'on les mange, et qu'on n'en parle plus. A moins qu'on
ne les présente sur un plateau d'argent, des airelles sur la tête et du persil
dans les oreilles, comme s'ils frétillaient du plaisir d'être, là, et d'exciter
l'appétit de ces mangeurs étranges, qui se nourrissent de tableaux. " |
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| "Una voce poco fa.
Un chant de Maria Malibran" Autrement |
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Maria Malibran fut une chanteuse du début
du XIXe siècle, à la voix fabuleuse, qui s'illustra surtout dans les œuvres de
Rossini, Bellini et Donizetti.
Elle connut un immense succès, au cours de ses nombreuses tournées, qui lui firent
traverser le monde. Sa vie tumultueuse contribua aussi à sa légende, et celle-ci
s'éleva au mythe lorsque la jeune femme mourut, à vingt-huit ans, d'une chute de
cheval. Elle attendait alors un enfant. C'est à lui qu'elle s'adresse ici :
"Je n'aimais plus chanter. Peut-être même n'ai-je jamais aimé. Tout au plus
écouter la voix des autres.
Et encore. Je sentais trop l'effort, derrière la beauté. Et la souffrance. Pour le
péché originel, on dit que Dieu a condamné la femme à accoucher dans la douleur.
Mais il l'a aussi condamnée à chanter. Sa joie, ainsi, ne serait jamais sans
souffrance. La musique pure, ça c'est la part des anges." |
|
| "Élégie à
Michel-Ange" Impressions Nouvelles |
 |
" La pierre je ne l'ai que trop
travaillée quand mon âme, elle, est restée en friche ; or, Il n'est de pire perte
que celle du temps ; Si près de la mort, et si loin de Dieu, Ni peindre ni sculpter
ne peuvent plus m'apaiser.
Du temps, d'ailleurs, me serait-il encore accordé, que je le passerais à
reproduire mes erreurs. N'ai-je pas toujours été pierre qui roule sans amasser de
mousse, regardez donc, mon Dieu, comme mes mains sont vides - mais peut-on prier les
mains pleines, et doit-on avec Vous s'encombrer de gants ? D'avoir tellement sculpté,
moi j'ai les mains trouées, assurément, mais qui pourrait mieux Vous toucher qu'un
crucifié, mes statues sans doute n'étant que stations sur un chemin de croix ;
certes je les envie, ceux qui se vouent à œuvres plus obscures, et prennent sur
eux la souffrance du monde, certes j'aurais rêvé de devenir un saint mais ce ne
fut pas ma part, moi je fus mis à la traîne des anges, or si les saints sont faits
pour servir, les anges ne savent que chanter - mes chants à moi, bien sûr, ne
furent que de pierre, mais si l'un d'eux a jamais pu Vous plaire, mon Dieu, je
n'aurai pas vécu complètement en vain. |
| " Une vie de
Michel-Ange, entre mythe et réalité, lyrisme et méditation, ponctuée par ses poésies,
et telle que l'aurait racontée l'un de ses amants. |
| "Le sourire de
Bérénice" Impressions Nouvelles |
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En l'histoire de celle qui inspira Racine,
la réalité excède la fiction : descendante de ces Hérodes qu'évoquent les
Evangiles, épouse de son oncle et maîtresse de son frère, puis du Romain qui
saccagea Jérusalem, cette princesse juive fut d'emblée objet de scandale.
De treize ans plus âgée que son amant Titus, voyageant avec lui des mythes de l'Egypte
aux fastes de Pompéi, emmenée à Rome pour y être épousée, puis répudiée sous
les pressions de ses ennemis, Bérénice, après plusieurs années de pleurs, revint
à Titus, lorsque celui-ci devint empereur - et il ne daigna pas seulement la
recevoir. D'elle on ne sait alors plus rien, sinon qu'elle mourut juste après cette
trahison, l'année même où le Vésuve entra en éruption - pour la venger, peut-être,
ou la tuer.
Mais sur les cendres de la grande Histoire, s'élève ici le chant d'un petit scribe
égyptien, restituant de la princesse qu'il aima les souffrances et les joies. |
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| "Le roman dans les
ronces ou la légende de Charles VI, roi fou et sa servante." Impressions
Nouvelles |
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Au quinzième siècle, une religieuse écrit,
pour que ne se perde pas la mémoire de sa sœur, qui l'éleva, puis la laissa sur
le seuil d'un couvent - lorsqu'elle même est conviée par la reine à venir réchauffer
le roi mourant.
Car le souverain a tant rêvé de devenir un saint qu'il en est devenu fou. Et
n'aspirant qu'à se sacrifier, il ne veut pas recevoir l'amour de cette petite
servante qui prétend le sauver. Après ses crises de démence, il devra traverser
encore l'absolue solitude et la mort, pour reconnaître enfin, en cette passion naïve,
la générosité que toujours il avait cherchée. Dans ce récit inspiré par
l'histoire de Charles VI, sous forme de journal intime, s'entrelacent le quotidien
d'un monastère, des souvenirs d'enfance, et un roman d'amour - où le Moyen-Age
finissant s'offre au vif de sa pensée, de ses émois, et de ses sensations les plus
infimes. |
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| "Abraham et
l'agneau" Impressions Nouvelles |
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Qui aurait résisté ? A la voix du désert,
et à son vent brûlant, chargé de sable, qui vient frapper au visage ; et à
l'appel de Dieu, qui prenait visage de liberté pour se rire du destin.
J'étais roi, soudain je n'avais plus rien - sinon quelques bêtes, que je mènerais
paître au bout du monde. Je redevenais berger, et fier de l'être, comme mes plus
lointains ancêtres, du temps où fut créé le monde. De ma prestigieuse famille,
je ne voulais plus me rappeler que ceux qui m'avaient devancé un bâton à la main,
entre trois chèvres et deux moutons. N'oubliez jamais cela : seuls les moutons me
sont restés, à l'heure où je fus foudroyé. |
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| "Nietzsche et les
oiseaux" Impressions Nouvelles |
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Entre mes armes favorites, je choisis
l'ironie, et avant de me retirer, faisant d'emblée des oiseaux mes alliés,
j'offris au maître un perroquet.
Celui-ci ne cessait de répéter "Richard, Richard !" à cet homme trop
fortuné, et mieux qu'un orchestre lui interprétait la Neuvième Symphonie, comme
pour lui signifier que le meilleur de musique appartenait au passé. Wagner, qui
n'aspirait qu'à égaler le grand sourd, en écumait de rage ; sa main se mettant à
trembler, il n'arrivait même plus à composer - et en était d'autant plus mortifié
qu'une telle crise lui venait d'un perroquet, dont Cosima, pour comble, raffolait. |
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| "Franju et le
porc" Impressions Nouvelles |
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Dès qu'il parut contenir assez de lard,
le porc, on lui troua la panse.
Car un cochon, c'est fait pour saigner, tout comme les melons, aux parts bien dessinées
par le Bon Dieu, pour être découpés. Et puis ne serait-ce pas indécent de s'émouvoir,
en temps de guerre, sur le sang d'une bête ? " Le sang c'est l'âme ",
affirmait mon ami Jacob. Eh bien alors j'ai vu de l'âme gicler, asperger les
fermiers, ruisseler dans la cour, et me tremper les pieds. N'y avait-il pas, en un
bain si spirituel, de quoi devenir un autre homme ? Qui a perçu le cri d'une bête
qu'on égorge, et constaté que les plus grandes douleurs, loin de se tenir coites,
couinent comme des forcenés, en garde la gorge trop serrée pour encore raisonner.
Désormais, moi je ne pourrais plus que représenter, par des images qui seraient
comme des cris. " Que dire après Auschwitz ? ", demandèrent les
survivants ; moi, pour perdre la voix, il ne me fallut que la saignée d'un cochon. |
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| "Borges et la
lézarde" Impressions nouvelles |
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Mais à force de vivre entre des livres,
on finit par penser que la formule magique de l'existence doit s'y trouver, et qu'il
n'y a qu'à la déchiffrer.
" Évidemment, pensais-je, si Dieu était analphabète, Il aurait pu la déposer
sur le pelage d'un tigre ou d'un guépard... " Dans ce cas les sacrés mystères
n'eussent plus été à ma portée : un tigre, ça n'entre pas dans une bibliothèque,
ni ne s'enferme en un livre ; un tigre c'est comme Dieu, on ne peut en parler, sans
trahir son essence radieuse et terrible ; un tigre ça ressemble au temps, qui détruit
tout sur son passage, et continue à rugir lorsque s'est tue la jungle des poètes
et des dictionnaires. |
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| "Saint Jérôme et
le lion" Impressions Nouvelles |
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Le premier visiteur que l'on vit arriver,
cependant, fut un lion, aucunement ailé.
Je ne savais si c'était mon âne ou moi, qu'il désirait manger. Mais je pris les
devants et me proposai, trop content d'avoir enfin trouvé, dans ce désert, l'arène
d'un martyre à ma mesure. Alors je revis les yeux d'or, et sous leur charme
retombai. Mais tout à coup je m'avisai que l'une des pattes du seigneur était
ensanglantée. Et pas du sang d'une proie, c'était le sien qui coulait là, car il
était trop noir pour n'être pas royal.
D'autres avaient baisé les pieds du Christ, moi je me baisserais sur la patte d'un
lion, et en retirerais l'épine qui le mettait à la torture ; c'était à cause
d'elle, j'en étais convaincu, et non par malveillance qu'il rugissait si fort :
Saint Paul ne dit-il pas qu'une écharde en la chair écorche jusqu'au cœur ? |
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| "Carmen et le
taureau" Impressions Nouvelles |
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Maintenant je sens que j'ai dû être
belle.
Belle comme peuvent l'être celles qui ne le savent pas, croyant déjà ressembler
à leur vieille mère, et se cachant sous un châle noir. Et qui de loin ne paraîtront
jamais vieillir, car à quatre-vingts ans, elles ne seront ni moins droites ni plus
raides qu'elles l'étaient à vingt, et porteront toujours la même mantille. Mais
qu'à cet âge elles l'enlèvent, et les pauvres artistes blêmiront de découvrir
leurs muses.
Et ils interrogeront ces cernes bleus qui alourdissent leurs yeux, et ces lignes amères
qui encadrent leurs lèvres. Ces marques-là ne sont pas de celles que laisse le
rire ; à leur vue, vous commenceriez à douter de Mérimée, qui fit rire Carmen à
longueur de journée. Carmen, Monsieur, fut la plus âpre des femmes. |
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| "Artémis et le
cerf" Impressions Nouvelles |
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J'ai une excuse, pourtant, à mon
aveuglement.
La dernière fois que je t'ai vu, tes ramures n'avaient pas encore poussé. Elles
ont aujourd'hui six cors, faut-il croire que tant d'années soient passées. Et que
soit revenu le printemps, qu'on ne pourra pas vivre ensemble. Les dieux sont imprécis
à mesurer le temps ; je sais cependant qu'à chaque hiver vos cornes tombent, comme
des branches mortes, mais si grandes qu'on dirait un tronc qui craque, un arbre qui
s'écroule, et puis ça repousse, chaque fois plus grand, comme un bourgeon qui n'en
finirait pas de grossir, et ne voudrait pas devenir fleur.
Tes bois ressemblaient trop à une renaissance, tu vois, je m'y suis trompée, j'ai
cru que toi aussi, tu étais immortel. |
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| "Tchang et le
Yéti" Impressions Nouvelles |
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Mais lorsque le Yéti se retourna vers
moi, les larmes avaient lavé ses yeux de toute férocité.
Il dut penser que je ressemblais un peu à ses petits. Il s'agenouilla près de moi,
et au lieu de m'étrangler, se mit à m'épouiller. Or cette première marque de
tendresse, des mères envers leurs bébés, est celle aussi qui en fait de vrais
singes. Et tandis qu'il farfouillait dans mes cheveux - sans y trouver grand-chose,
car il faisait trop froid pour les poux - il approcha sa bouche, qui n'avait rien
d'une gueule, de mon oreille.
Et il la lécha, doucement, et moi je comprenais, peu à peu, que ce n'était pas
pour y goûter : le Yéti me donnait son premier baiser. |
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| "L'homme et les
loups" Impressions Nouvelles |
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Il y eut même parfois entre nous une
sorte de complicité.
Celle-ci nous vint surtout de ses chiens ; avec eux seuls le professeur
s'abandonnait. Il en avait deux, absolument pareils, comme trahissant son regret de
n'avoir pas rencontré son double. Leurs caractères, cependant, différaient. L'un
aimait jouer, et Freud le retrouvait, quand il sortait de son cabinet, pour se
distraire un peu. Mais l'autre était son éminence grise. Pendant les séances
d'analyse, il se tenait aux pieds du professeur, réagissant à tout ce qu'il
entendait.
Et s'il dressait l'oreille, Freud était averti que le propos devenait crucial ;
s'il gémissait, que la souffrance du patient se faisait insupportable. Quand j'étais
là, il reniflait fréquemment le tapis - diagnostiquant ainsi une névrose
obsessionnelle. Pour les hystériques, je suppose qu'il remuait la queue, et
grognait pour les paranoïaques. Quoi qu'il en fût, le professeur se fiait à son
jugement.
Il savait trop que le talent du plus grand praticien jamais n'égalerait le flair
d'un chien. |
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| "Chardin et le
lièvre" Impressions Nouvelles |
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" Devant ce petit corps presqu'encore
chaud, et frémissant, j'eus l'impression d'avoir tué, une seconde fois, le lapin
de mes six ans.
Il fallait maintenant tenter de me racheter. Le reste de ma vie, je le consacrerais
à peindre des lapins. Des lapins morts, Monsieur le métaphysicien, à qui votre métaphysique
retire jusqu'à l'âme, pour ne leur laisser qu'une charogne. Or les peintres
animaliers veulent bien représenter des lièvres, mais s'ils gambadent, s'ils
remplissent les coins de verdure dont on ne sait que faire, et répandent à la Cour
un parfum de nature.
Mais les autres, les morts, qu'on les mange, et qu'on n'en parle plus. A moins qu'on
ne les présente sur un plateau d'argent, des airelles sur la tête et du persil
dans les oreilles, comme s'ils frétillaient du plaisir d'être là, et d'exciter
l'appétit de ces mangeurs étranges, qui se nourrissent de tableaux. " |
| En réimpression |
| "La Dame et la
Licorne" Impressions Nouvelles |
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" Moi aussi j'ai pâli, durant ces
nuits où l'on veille des morts, qui nous rendent plus humbles.
Or je fus presque reine. Mais en ce temps, les noms de reines importaient aussi peu
que ceux des artisans. Qui sait encore, voyant mes tapisseries, que je m'appelle
Marguerite. Les reines-marguerites, c'est comme les reines-claudes, ça reste, quoi
qu'il arrive, flore des bois. Ça ne porte pas fraise, mais simple col de dentelle.
Ça naît entre quelques dentelles, d'une petite ville nommée Bruxelles, ça
devrait s'appeler Marguerite de Bruxelles, moi j'aurais bien aimé, puisque les
Marguerite étaient alors fleurs trop communes pour ne pas préciser d'où elles
venaient.
Mais on ne fait pas ce qu'on veut quand on est fille d'empereur. Si ce dernier règne
en Autriche, on héritera du nom de son pays. Je fus donc dite d'une contrée où
jamais je n'habitai. " |
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